| Voici plus d’un demi‑siècle,
dans Ce que l'homme noir apporte, une étude riche
d’une densité singulière, Léopold Sédar SENGHOR écrivait :
« On
connaît assez les défauts des Noirs pour que je n’y revienne
pas, et celui‑ci, impardonnable parmi d’autres, de ne pas
s’assimiler dans leur personnalité profonde. Je ne dis pas de
ne pas laisser assimiler leur style. Seuls m’intéressent, ici,
sont intéressants les éléments féconds qu’apporte leur
culture, les éléments du Style nègre. Et celui-ci demeure
aussi longtemps que demeure l'âme nègre, vivace, dirais‑je
éternel ? »
(1)
C’est
en 1948, en feuilletant un ouvrage dont le titre L'Homme de
couleur
[2]
avait attiré mon attention, que j’ai découvert
cette étude. Relue récemment, ma conviction d’il y a plus
d’un demi-siècle demeure que les intellectuels négro‑
africains gagneraient à ne pas négliger, ou à découvrir ce
magnifique travail qui contraint à baisser la tête pour plonger
le regard dans le creuset culturel du continent noir.
Fils
d’une Africaine qui fut aussi une Grande Prêtresse du Vodù,
j’ai passé ma prime enfance dans un couvent où les hymnes
qu’au crépuscule comme à l’aube les initiés adressaient à
leurs divinités imprégnaient le bébé que j’étais.
Bien que baptisé assez tôt parce que mon père était catholique
et que je sois chrétien convaincu, les chants de l’univers vodù
auquel j’ai plus tard consacré une étude d’anthropologie
culturelle sont restés consubstantiels à mon ipséité. Ainsi,
en toute tranquillité et sincérité, je puis dire que j’ai
assimilé ma personnalité profonde et que je vis en parfaite
harmonie avec cette culture sans être un initié du Vodù.
********************
D’entrée, il est ici essentiel de
dissocier le Vodù de la magie et d’autres forces obscures
qu’une étude comparatiste m’a permis de déceler même chez
Homère, aussi bien dans l’Odyssée que dans l’Iliade.
Par exemple, la magie, nous la découvrons, dramatiquement opératoire
dans l’Odyssée, quand Circé métamorphose les
compagnons d’Ulysse en une cohorte de cochons lamentable ;
cette transmutation n’a rien à voir avec le Vodù tel que le
culte en est pratiqué au Bénin ; ce n’est pas non plus de
la sorcellerie.
Dans son autobiographie intitulée AKE,
les années d'enfance, Wole SOYINKA rapporte un phénomène
dont le processus implexe a pu être le même que chez Circé.
Voici comment le Prix Nobel de Littérature relate cet événement :
« Un jour, dans un des villages du pays
ijebu, il arriva au Révérend J.J. une terrible aventure. On
l’avait averti de ne pas prêcher un certain jour où l’egúngún
devait sortir, mais il s’obstina et organisa un office.
Le cortège de l’egúngún passa, et la voix
ancestrale dit au prédicateur d’arrêter immédiatement, de
renvoyer ses gens et de sortir rendre hommage. Le Révérend J.J.
continua comme si de rien n’était. Alors l’egúngún s’en
alla, emmenant ses hommes avec lui. Mais en passant devant le
portail, il frappa dessus avec sa baguette, par trois fois. Le
dernier homme du cortège avait à peine quitté la cour de l’église
que le bâtiment s’écroula. Les murs s’effondrèrent et le
toit se désintégra. »
Cet
authentique fait divers, Homère l’aurait pu relater, de même
que celui qu’on peut lire dans L'INITIÉ, mon roman publié
en 1979 : il y est rapporté qu’en pays yoruba, un
mystagogue considéré comme un fou a ressuscité un garçon mort
depuis cinq jours et dont les parents avaient déjà préparé le
cadavre pour l’enterrer. Bien sûr, de tels propos feraient
sourire non seulement les Européens et d’excellents cartésiens,
mais aussi les Africains ignorants des tréfonds de leur pays.
Dans
« Lettre à un ami africain » adressée à
Alioune Diop, Fondateur de Présence Africaine, Emmanuel Mounier,
philosophe personnaliste, stigmatisa ces Africains en les traitant
d’« ennemis de leur propre passé…ces renégats
qui n’arriveront qu’à produire, dans l’écume de quelques
grandes villes, de faux Européens, des Européens en contre-plaqué. »
Il
en existe, hélas ! qui auront peut‑être besoin de
lire Homère pour apprendre à mieux observer l’Afrique des
profondeurs. Ceci aussi mérite d’être souligné : outre
l’opération de Circé, on trouve chez Homère d’autres démarches
complexes que certains n’hésiteraient guère à qualifier de
gri‑gri, s’ils en lisaient la description dans le roman
d’un écrivain négro-africain.
Un
bref exposé comparatiste de ce qui a cours dans l’Afrique
actuelle et des faits que rapporte Homère nous mettrait, en
quelque sorte, in medias res. Les hommes étant ce qu’ils
sont, une méfiance réciproque caractérise nombre de leurs
relations. Chez Homère comme en Afrique, ils entreprennent
rarement en toute confiance peu d’affaires en commun, tant
qu’au préalable il n’y aura pas eu un serment de loyauté et
d’honnêteté entre eux. Au Bénin, en milieu Adja-Fon,
comme chez les Yoruba au Nigeria, pour ne parler que de ce que je
sais, c’est Le Pacte de sang auquel Paul Hazoumé
a consacré une étude relativement exhaustive, qui instaure entre
les êtres humains cette confiance et cette loyauté dont il
devient l’incontournable gardien.
Dans
l’Odyssée, Ménélas, représentant de la puissance du
peuple, procède à une cérémonie de serment entre Troyens et
Achéens. C’est un initié ; le devin Calchas lui avait
communiqué les instructions augurales et il dit : « Apportez
un agneau noir pour Gaïa et un agneau blanc pour Hélios, et nous
en apporterons autant pour Zeus. Vous amènerez Priam lui‑même,
pour qu’il se lie par des serments, car les enfants sont
parjures et sans foi, et que personne ne puisse violer les
serments de Zeus. ».
Le
pacte ainsi annoncé est scellé par une cérémonie qu’en
langue fon on appelle vo si sa, c’est-à-dire
l’accomplissement, la réalisation des prescriptions augurales.
Dans l’Iliade, l’officiant, c’est Agamemnon,
responsable des hostilités de la guerre de Troie. Homère écrit fort
pertinemment: « Agamemnon, tirant le couteau toujours
suspendu à côté de la grande gaine de son épée, coupe du poil
sur la tête des agneaux et les hérauts les distribuent aux
princes des Troyens et des Achéens au milieu desquels l’Atride
Agamemnon prie à haute voix, les mains tendues » :
«Père
Zeus, qui commandes du haut de l’Ida, très glorieux, très
grand Hélios, qui vois et entends tout !
Fleuves et Gaïa !
Et vous qui, sous la terre, châtiez les parjures, soyez tous témoins,
scellez nos serments inviolables... »
L’immense
poète ajoute après cette invocation : « De l’airain
cruel il tranche la gorge des agneaux et les jette palpitants sur
la terre où ils rendent l’âme. Et tous, Troyens et Achéens,
puisant le vin du cratère avec des coupes, ils le répandent et
prient les Dieux qui vivent toujours. »
Comme
dans le pacte de sang, la cérémonie de
vš,
sá vš
[3]
a pour conclusion la
précision des calamités qu’encourra tout éventuel violeur
des serments ; en voici la formulation dans l’Iliade :
« Zeus,
très glorieux, et vous, Dieux mortels ; que la cervelle de celui
qui violera le premier ce serment, et la cervelle de ses fils
soient répandues sur la terre comme ce vin, et que leurs femmes
soient outragées par autrui. »
La
cérémonie à laquelle nous venons d’assister chez Homère ne
relève pas du vodù proprement dit, mais le BòkÓnÒ
[4]
y procède dans le
contexte des faits vodù quand l’exige Fa,
l’oracle ; j’emprunterai autant à Birago Diop qu’à
moi‑même le volet africain de cette cérémonie. Les
nouveaux contes d'Amadou Koumba est un ouvrage de Birago Diop
préfacé par L.S. Senghor ; y figure un conte intitulé Le
Boli à propos duquel Birago Diop écrit :
« Le
vieux Noumouké avait donc rapporté, la dernière fois qu'il put
trainer jusqu'au Bois sacré, le Boli, la statuette la plus
vieille de toutes les statuettes, taillée on ne sait plus dans
quel bois : jambes torses, bras noueux, nombril proéminent,
oreilles pointant vers le ciel et larges comme des calebasses. Il
l’avait placé contre le gros piquet qui soutenait le
toit en chaume de son atelier. Mais le Boli avait laissé, avant
le lever du soleil, son ombre sur le seuil de la forge. Et tous
les matins, le vieux Noumouké, avant d’allumer le feu de sa
forge, versait une calebassée de lait aigre aux pieds panards de
la statuette et la saluait longuement :
« Boli,
porte mon salut à ceux de là‑bas
Et témoigne que je n'ai jamais fait
Que ce qu’ils ont toujours ordonné ! »
Voici
Le Veilleur de nuit, nouvelle qui parut d’abord "Mélanges
offerts à Aimé Césaire pour ses soixante-dix ans",
ouvrage édité en Allemagne, ensuite reprise dans La Naissance
d’Abikou, mon dernier recueil de nouvelles. Ce Veilleur
de nuit est aussi une statuette qu’en fon on
appelle
BòcyÓ‑Xwéli ;
profané par l’ignorance des
hommes d’aujourd’hui, il sera rituellement réintégré dans
ses fonctions des temps primordiaux, quand le
BòkÓnÒ
aura consulté l’oracle. Vici BòcyÓ‑Xwéli :
« Tête
ronde, regard froid mais pénétrant ; corps solide, membres
passablement proportionnés,
BòcyÓ‑Xwéli
représentait un janus biséxué. Le statuaire l’avait ainsi
conçu debout sur un socle d’un mètre de haut taillé en cône
renversé, les bras en angles obtus collés aux flancs,
visiblement sur le‑qui‑vive et à tout instant prêt
pour la riposte. »
Les
prescriptions augurales exigeaient de l’installer sur un tumulus
construit à un endroit où aurait été enterré, debout, un
chien égorgé chargé d’objets sacrificiels. Aussi le vieux
Akpoto, le mystagogue, « avait‑il mis au fond de la
fosse les herbes, feuilles et racines soigneusement sélectionnées.
Il y avait eu une libation et il avait prononcé une incantation
suivie d’une prière avant d’immoler l’animal. On construit
ensuite le tumulus et le vieux Akpoto y enfonce le socle de
BòcyÓ‑Xwéli
jusqu’aux chevilles.
« Dès
cet instant s’instaura entre les deux symboles qui faisaient
corps une fraternité psychique et charnelle cristallisée par
la stricte observance du rituel mis en action par le sage Akpoto ;
BòcyÓ‑Xwéli,
racine essentielle du foyer, se tenait maintenant
debout dans la cour de la concession » ; alors, le
mystagogue procéda à la consécration ainsi :
« BòcyÓ‑Xwéli,
gardien des lieux
Veilleur des nuits du monde
Depuis que le monde est monde !
Ouvre tes yeux,
Ranime tes forces puisées du cœur de la terre
Et veille sur nous tous et sur tout
Dans cette concession confiée
À tes pouvoirs jusqu’à ses limites
Les plus lointaines.
Que la nuit soit dure, pénible et impitoyable.
L’obscurité opaque, hostile et confondante
Pour tout malfaiteur
Qui rôde autour de cette demeure.
Hé !
BòcyÓ‑Xwéli !
Fais ton travail !
Eloigne les esprits méchants,
Endigue‑les en les engluant
Dans leur propre lutte
Et, avec le concours des mânes ancestraux,
Rends‑nous la nuit calme,
Le sommeil paisible... »
II
Dans
la cérémonie présentée par Agamemnon, dans celles relevées
dans Les nouveaux contes d’Amadou Koumba, enfin dans Le
Veilleur de nuit, les dieux ont exaucé les sacrifices offerts
par les humains et ont agi en leur faveur. Je conclurai cet exposé
des démarches qu’on pourrait qualifier de gri‑gri, par
un passage de l’Odyssée. On sait que dans le bonheur
comme dans le malheur, Ulysse est toujours à l’écoute des
signes que les dieux lui envoient. La Déesse Leucothéa a
accouru quand le héros en danger était réellement angoissé et
elle lui dit : « Prends cette écharpe divine ;
l’attachant sous ton sein, brave les abîmes et bannis de ton cœur
la crainte du trépas. Dès que tes mains auront saisi le
rivage, souviens‑toi de délier l’écharpe et, sans te
retourner, jette‑la dans la profonde mer. »
Description
précise, passage extraordinaire, pensée merveilleuse d’Homère
qu’un
BòkÓnÒ
du Bénin, babalawo du Nigéria et tous les devins africains
ratifieront sans hésitation.
********************
Après cette rapide présentation des territoires et de
l’essentiel de la magie et du gri‑gri qui n’ont
absolument rien à voir avec le vodù, examinons le rituel :
c’est lui qui sous-tend l’univers vodù, guide les pas de
l’initié ; sa connaissance théorique contribue aux
recherches du profane ; on en trouve des traces aussi bien
dans l’Iliade que dans l’Odyssée. C’est dans la stricte
observance du rituel et du cérémonial que la présence du Vodù
se profile dans l’œuvre d’Homère.
Dès
le chant premier de l’Iliade, le poète en présentant Calchas
le qualifie d’« excellent divinateur », souligne
qu’« il savait les choses présentes, futures et passées,
et avait conduit à Ilion les vaisseaux achéens, à l’aide de
la science sacrée dont l’avait doué Phoebus Apollon. »
Calchas dit l’oracle, en interprète les symboles et allégories.
Aussitôt après ses augures, les Achéens sans tergiverser
passent à l’action et autour de l’autel bâti selon le rite
ils rangent la riche hécatombe dans l’ordre sacré. Puis ils se
lavent les mains, préparent les orges salées. Alors Chrysès, le
prêtre d’Apollon, les bras levés, prie à haute voix pour les
Achéens :
« Entends‑moi,
Porteur de l’arc d’argent, qui protège Khrysé et la divine
Killa, et commande fortement sur Ténédos. Déjà tu as exaucé
ma prière ; tu m’as honoré et tu as couvert
d’affliction les peuples des Achéens. Maintenant écoute mon
voeu et détourne loin d’eux la contagion. »
La
prière terminée, le célèbre mystagogue répand les orges salées
sur Gaïa, c’est-à‑dire la Terre en tant que divinité ;
alors : « Les Achéens, renversant en arrière le cou des
victimes, ils les égorgent et les écorchent. On coupe les
cuisses, on les couvre de graisse des deux côtés et on y pose
les entrailles crues. »
La
précision dans la description et la rigueur dans l’observance
du rite sont admirables. On aura remarqué la distinction établie
par Homère entre Calchas, le devin, et Chrysès, le
Grand‑Prêtre d’Apollon. Ceux qui ont lu l’Iliade et
s’en souviennent un peu se rappellent, peut-être, qu’alors
que le repas des dieux est constitué du sang et des entrailles
crues de l’hécatombe sacrée offerte au Dieu Apollon par
Agamemnon qui lui demande pardon de l’avoir offensé en la
personne de son prêtre, celui des mortels est fait de morceaux de
viande transfixés de broches et cuits avec soin. L’herméneutique
nous place ici dans le domaine du comparatisme ; soulignons
donc la répartition des fonctions.
1° Le
devin Calchas, c’est l’homologue de
BòkÓnÒ
chez les Aja-Fon (Bénin), de babalawo chez les
Yoruba (Nigeria). On trouve ce personnage dans certains ouvrages
de Wole SOYINKA, Chinua ACHEBE, Nazi BONI, les miens aussi et chez
tout écrivain africain quand les forces obscures du monde négro‑africain
interviennent dans l’évolution d’un roman. Ce sont les présages
tout en nuances du
BòkÓnÒ
qui servent de fil d’Ariane dans le tragique dénouement d’Un
Piège Sans Fin, mon premier roman publié en 1960.
2°À
l’opposé de Calchas, il y a Chrysès, le Grand‑Prêtre
dont l’homologue africain est le vieux Akpoto, opératif dans Le
Veilleur de nuit où procède aux sacrifices, libations et
dit une invocation. Si dans l’Iliade on remplaçait
le dieu Apollon par le vodù AlladahwÈn,
tout se passerait aux yeux des connaisseurs comme si chez Homère
les cérémonies avaient eu lieu dans un des plus vieux couvents
du Bénin, plus précisément dans la ville de Ouidah. J’ai bien
dit un couvent du Bénin : le Vodù authentique, qui a ses
origines et ses racines dans ce pays, est assez différent de
celui d’Haïti marqué par le syncrétisme ; certes, le
culte Shango pratiqué à Bahia, au Brésil et dans d’autres
pays d’Amérique latine, doit beaucoup au Vodù du Bénin et à
l’Orisha du Nigeria, mais le rituel et les cérémonies les éloignent
assez du Creuset.
Ce
qui frappe profondément le connaisseur du rituel vodù, quand il
est aussi lecteur d’Homère, ce n’est pas seulement la
similitude des gestes chez les devins de la Grèce antique et ceux
de l’Afrique actuelle, ni 1e rythme des invocations des prêtres
d’un côté comme de l’autre ; ce sont aussi les
ressemblances de séquences cérémonielles souchées sur le
rituel. Rendons‑nous aux évidences : le sacrifice
offert par Agamemnon à Apollon est composé de six séquences également
propres au Vodù. Je les résumerais ainsi pour que tout lecteur
en prenne conscience en lisant ou en relisant l’Iliade :
1°
Le devin Calchas dans son rôle.
2°Le
Grand‑Prêtre d’Apollon, c’est‑à‑dire Chrysés
en sa qualité de mystagogue.
3° La prière du Grand‑Prêtre à la Divinité.
4° Le sacrifice de l’hécatombe sacrée basé sur les
instructions de Calchas et dans l’observance du rituel.
5° Le repas des dieux.
6 ° La ripaille des mortels.
Tels
sont les faits. Si Homère avait été un théoricien, un
essayiste, il nous aurait présenté cette succession d’actes
avec une rigueur à coup sûr exemplaire ; mais nous
aurait‑il permis d’appréhender l’essence des choses
ou de palper la trame de leur tissu comme il le fit, poète unique
au monde ? Je n’en suis pas sûr. Ce qu’en revanche je puis
affirmer, c’est qu’aucun Vodùsi, c’est‑à‑dire
épouse de Vodù, ne contesterait l’authenticité vodù des
six séquençages dans l’Iliade présentés plus haut.
Allons
plus loin dans la mise à jour des traces du Vodù, ou plus généralement,
de la spiritualité négro‑africaine dans l’œuvre d’Homère.
A sa mère Hécube, qui, le voyant épuisé à son retour de
bataille, lui propose du vin mielleux, Hector répond qu’il lui
faut se purifier d’abord et précise : « Je
craindrais de faire des libations de vin pur à Zeus avec des
mains souillées, car il n’est point permis, plein de sang et de
poussière, d’implorer le Krôniôn. »
Achille
non plus, bien que fils de la déesse Thétis, ne s’adressera
pas à Zeus sans s’être préalablement purifié. Homère
souligne : « Ayant retiré de son coffre une
coupe d’un beau travail, il la purifie avec du soufre, puis il
la lave avec de l’eau pure et claire ; il se lave les mains
aussi, puis, puisant le vin ardent, il fait des libations et,
regardant l’Ouranos, il prie debout au milieu de tous ; alors,
Zeus qui se réjouit de la foudre l'entend. »
Ces
détails précis qui pourraient paraître inutiles tendent à
prouver que, comme le Vodù, Zeus n’exauçait pas de sacrifice
dont l’officiant ne s’était pas purifié. Qu’on relise le
chant XXIII de l’Iliade où les funérailles de Patrocle s’étendent
sur trois jours. Achille conduit le deuil. Le rituel qui entre en
action est du plus pur style vodù : c’est celui, précisément,
de l’enterrement d’un Grand‑Prêtre ou d’une Grande Prêtresse
qui dure trois ou sept jours. Je ne citerai pas les passages mêmes
les plus importants de ce chant ; je vais simplement relever
celui, significatif, où Homère écrit:
« Achille commence les lamentations funèbres en posant ses
mains tueuses d’homme sur la poitrine de son ami. Les Myrmidons
quittent leurs splendides armes d’airain, détèlent leurs
chevaux hennissants et s’asseyent en foule autour du vaisseau du
rapide Ajaxiade, qui leur offre le repas funèbre. Il leur ordonne
ensuite de se couvrir de leurs armes et de monter sur leurs chars,
guerriers et conducteurs. Derrière les cavaliers s’avancent
les nuées d’hommes de pied au milieu desquels Patrocle est porté
par ses compagnons, qui couvrent son cadavre de leurs cheveux
qu’ils arrachent tandis que, triste, le divin Achille soutient
la tête de son irréprochable compagnon qu’il va envoyer dans
le Hadès.
« Quand
le cortège est parvenu au lieu marqué par Achille, les
compagnons y déposent le corps, construisent le bûcher.
Achille eut une autre pensée. Il se retire à l’écart, coupe
sa chevelure blonde et, gémissant, il la dépose entre les mains
de son cher compagnon. »
Une
telle description se passe de tout commentaire ; l’organisation
et la succession hiérarchisée des personnages, les faits, les
gestes etc., à quelques nuances près, mutatis mutandis,
je les avais mainte fois observés dans des circonstances
analogues dans les milieux vodù. En ma qualité de fils d’une
Grande Hypostase du Vodù AlladahwÈn,
j’ai personnellement participé à une tenue de cette nature,
lors des funérailles de ma mère, en 1980. Comme avait procédé
Homère, j’ai décrit les hommes et les faits dans LES
APPELS DU VODOU, saga entée sur la vie et la personnalité
de ma Mère.
Je
recours encore à l’Odyssée pour clore cet exposé
comparatiste : sur le plan de la stricte observance du
rituel, tout ce que nous venons de voir provient substantiellement
de l’Iliade et semble constituer les prologues à un développement
plus dramatique campé dans l’Odyssée. Avançons donc à
grands pas. Homère abat ses cartes à partir du chant IV quand il
fait dire à Ménélas : « Je soupirais vainement
après mon retour, retenu en Egypte par les dieux auxquels
j’avais négligé d’offrir des hécatombes. Tôt ou tard, les
dieux punissent l’oubli de leurs rois. »
Qu’on
se souvienne aussi de la mort de Socrate relatée par Platon, mais
aussi par Xénophon : on demande sa dernière volonté à Socrate
; il rappelle qu’il doit un coq à Asclépios et qu’on veuille
bien le lui sacrifier. Ironie, dérision ou cynisme ? Pour ma
part, je décèle dans un tel souhait une sensibilité religieuse,
une fidélité au sacré et une loyauté qu’on pourrait observer
chez bien des Vodùsi. Mais voici le chant XI de l’Odyssée :
Ulysse interroge Circé qui l’oriente vers le devin Tirésias.
L’oracle consulté, il fait les sacrifices appropriés ; du
coup, nous sommes basculés dans le domaine du Vodù au Bénin,
après les funérailles d’un Grand‑Prêtre ou d’une
Grande Prêtresse qui débouchent sur les préparatifs en vue de
la désignation d’un successeur. Voici ce que dit Ulysse,
respectant à la lettre les indications de Circé et les
formulations augurales de Tirésias :
« Abordés
au rivage, nous débarquons nos victimes et pénétrons jusqu’au
lieu que nous a indiqué Circé, en suivant le cours de l’Océan.
Là, Euryloque et Périmède saisissent les victimes ; moi, armé
de mon glaive étincelant, je creuse une fosse large et profonde ;
sur ses bords coulent les libations de lait, de miel, de vin et
d’eau limpide, en l’honneur du peuple entier des mânes ; la
fleur pure de farine blanchit ces libations.
« Après
avoir adressé aux morts mes prières et mes vœux, j’égorge
les victimes sur la fosse. Le sang coule en noirs torrents. Bientôt,
du fond de l’Erèbe, s’élève de tous côtés le peuple léger
des ombres…Tout à coup s’élève l’ombre pâle de ma mère,
la fille du magnanime Autolycos, la vénérable Anticlée ; elle
vivait encore lorsque je partis pour la fatale Troie. À sa vue,
je me mets à pleurer ; mon cœur est troublé par la pitié. »
C’est
en entreprenant de telles démarches et en recourant aux mêmes opérations,
que, dans Le Chant du Lac, les vodùsi du Bénin ont
su que les dieux du cours d’eau avaient été assassinés par
des hommes.
III
Mettant
à contribution bien plus Homère que des auteurs négro-africains,
je me suis efforcé de souligner des faits qui, relevant de
l’univers du Vodù, participent du Vodù sans être le Vodù ;
mais ces gestes, faits et cérémonies nous plongent assez concrètement
dans un milieu que je ne cesse d’observer et d’étudier. On
pourrait se demander si je crois à ces histoires. Il ne s’agit
pas pour moi de croire ou de ne pas croire ; je suis chrétien ;
j’ai été baptisé je ne sais quand, étant bébé ; chrétien,
je n’ai pas changé et ne changerai pas de religion ; mais
j’essaye, en tant que chercheur, de ne pas demeurer insensible
sur le terrain objectif où je saisis à l’état brut les faits
que je rapporte. Je puis donc faire mienne la pensée de
Senghor, qui, avant de la découvrir en 1948, était comme au
centre de mes démarches : j’ai assimilé ma personnalité
profonde de Nègre intégral.
QU’EST-CE DONC QUE LE VODÙ ?
Les
chaînes de radio nous en rebattent les oreilles à longueur
d'onde ; à la télévision, c’est la poudre aux yeux avec de
pseudo‑devins, pseudo‑initiations. D'un côté comme
de l’autre, l’ignorance et le bluff sont érigés en
connaissance ; les terminologies utilisées permettent de créer
l’obscurantisme ; ainsi, vodù devient synonyme de magie, de gri‑gri
et de sorcellerie. Quant aux dictionnaires, leurs acceptions vont
de la prudence au dénigrement. En voici un florilège non
exhaustif
:
Le
Littré. Vodou, nom, aux colonies, de sorciers nègres,
qui sont aussi empoisonneurs.
Larousse
universel : (1949) Vodou ; culte africain
que les Noirs ont importé en Amérique. Dieu qui est l'objet de
ce culte ; individu qui pratique ce culte.
Le
Robert (9 volumes.1987) : Danse des Noirs. Du
Dahoméen vodu (1839),Culte animiste originaire du Bénin
(Dahomey‑Togo) répandu chez les Noirs des Antilles, d'Haïti;
mélange de pratiques magiques, de sorcellerie et d'éléments
pris au rituel chrétien (candomblé).
Juillet
(1975).Culte des Noirs des Antilles et d'Haïti, dont les
adeptes forment une société secrète. Cette société et l'objet
de son culte. Sorcier noir.
Hachette
(1980) Culte animiste pratiqué par les peuples du Golfe de
Guinée et qui, avec la traite des Noirs, s'est répandu aux
Antilles, en Haïti, et au Brésil (Bahia). Divinité de ce culte.
Au
contraire de ce qu’on entend fréquemment, aussi bien en Afrique
même qu’en Europe, les dictionnaires mentionnés
ci‑dessus ont le mérite de ne pas confondre vodù et fétichisme.
Nous sommes tous plus ou moins fétichistes dans la mesure où
nous nous attachons à la mémoire ou à l’image d’un être
humain ou à un objet. C’est le lieu de rappeler, fétiche vient
du portugais feitiço ; le dictionnaire Le
Robert précise : «1605. Nom donné par les Blancs
aux objets de culte des civilisations dites primitives. ‘Les
manitous des sauvages, les fétiches des Nègres’ « J.J.Rousseau »-
En Afrique, objet, animal, végétal ou minéral chargé d’un
pouvoir surnaturel, bénéfique ou maléfique. Objet auquel on
attribue un pouvoir magique et bénéfique : amulette,
grigri, porte-bonheur, talisman. »
Dans
son dictionnaire fon‑français
[5]
, le R.P. SEGUROLA écrit en utilisant une graphie qui
reflète la prononciation des Adja-Fon (ethnie du bas et du moyen
Bénin) :
Vodù
: idole ; déité
de la religion animiste, improprement appelé fétiche. Le mot Vodù,
dont l’étymologie est perdue, évoque une idée de mystère et
désigne ce qui relève du divin. On le traduit par fétiche,
idole...En réalité, l’objet matériel n’est que la demeure où
réside l’esprit le "YE". C’est l’esprit que le païen
vénère et non pas l’enveloppe, arbre, animal, tumulus, qui le
cache à ses yeux. C’est cet esprit qu’il cherche à se
concilier en vue d’une vie moins rude. Les personnes vouées
à un fétiche s’appellent normalement Vodusi, « épouse
du fétiche », mais lorsque le Vodù est « venu sur
leur tête », elles s’appellent Vodù. »
L’effort,
la bonne volonté et la loyauté du R.P. SEGUROLA dans sa
tentative de définition sont admirables. Il est, de tous les
lexicographes occidentaux, le seul à avoir écrit Vodùsi là
où d’autres persistent à écrire « fétichiste. »
Il est dommage qu'il ait dit « épouse du fétiche »
au lieu de : « épouse du Vodù. » Peu importe, il a
traduit littéralement l’expression en langue fon :
Vodù dé aci, qui signifie : le Vodù a choisi une
épouse et l’a chevauchée explicitée par le syntagme : « le
Vodù est venu sur leur tête. ».
En
fait, la femme ou l’homme élu et possédé devient une
hypostase de Vodù, ce qu’en langue fon nous ne désignons pas
par le vocable fétichiste, mais par le mot Vodùsi,
c’est‑à‑dire épouse de Vodù. La précision,
l’exactitude exemplaire de la définition du R.P.Segurolla me
paraissent, faute de mieux, meilleures que celles des
dictionnaires dont les éditeurs ont pignon sur rue. À l’époque
de mes recherches, ma mère, sa tante, elle aussi Grande Prêtresse,
enfin le Grand Prêtre hiérophore lui‑même m’ont donné
du mot Vodù l’acception que voici : « Vodù,
c’est l’être et le sens du sacré, la signification du
sacrifice, l’essence du sacrifice réalisé conformément au
rituel. »
On
aura remarqué l’itération du mot sacrifice. C’est que Vodù
est composé de Vš;
qui, en langue fon, signifie sacrifice, offrir un
sacrifice et de Dù, qui dérive du mot yoruba odù
c’est-à-dire : signe, sens, essence
dans l’acception spirituelle du terme. Vodù occupe une
place importante dans les ethnies du Moyen et du Sud Bénin. Cœur
d’une organisation essentiellement cultuelle de structure
complexe, il constitue un monde clos, ésotérique soumis à un
rituel immuable. Dans ses nombreux couvents nommés hunxwé qui
couvrent les régions envisagées, on retrouve, à fort peu de
nuances près, les mêmes cérémonies, les mêmes gestes malgré
les différences fondamentales notables d’un rituel à
l’autre, car chaque couvent a le sien. Comme dans toute
organisation, la tribu vodù - dans l’acception sociologique du
terme tribu - est caractérisée par une hiérarchie de valeurs :
chacun détient son titre religieux et a sa place bien précisée.
Je propose de présenter ici le vodù AlladahwÈn,
son sanctuaire, ses adeptes dans leur vie religieuse, ses
manifestations et ses empreintes sur la personnalité des vodùsi.
Alladahouin
n’est pas Nèsuxxwé, ni Toxwosu, ancêtres des
familles princières d’Abomey ; ni Adjawuto
[6]
, ni Agasu
[7]
; il serait cependant à l’origine de bon nombre de
vodùs du Bénin, du sud à l’Ouémé, et aurait pris racine à
Allada situé à 58.km de Cotonou, à 195.km de l’Ouémé et à
35.km de Ouidah ; ses fidèles sont plus nombreux dans cette
ville où il est considéré comme un intermédiaire direct
entre Wèkèxosu
[8]
et les « chevauchés »
auxquels il ferait apercevoir Mawu
[9]
dans un instant de transe authentique qui n’a lieu
qu’une seule fois dans la vie d’un vodùsi. Alladahouin serait
une sorte de Premier ministre ou un des conseillers privés de Wèkèxosu.
Le
nom AlladahwÈn
est composé d’Allada, ville historique connue sous
le nom de royaume d’Ardra ou d’Ardres par les premiers Européens ;
et de
HwÈn,
suffixe couramment
traduit par les mots sillon, lignée, parenté. Ainsi,
AlladahwÈn
signifierait : le sillon d’Allada, sa lignée, ou bien,
la confrérie initiatique fondée à Allada. Qui aurait été
à l’origine d’un tel clan mystique ? À quelle époque ?
Etait-ce Adjawuto, fondateur du royaume d’A1lada, ou son
successeur Do Gbagù ? Personne n’a su me le confirmer. Mais
bien que jusqu’à nos jours le vodù est vivace à Allada, la
confrérie AlladahwÈn
semble avoir subi une décentralisation au profit de Ouidah où il
est devenu une tribu ; aussi le culte y est‑il beaucoup
plus dynamique qu’à son lieu d’origine présumé.
LE COUVENT ALLADAHWÆN
À OUIDAH
( la ville que les natifs préfèrent
appeler par son nom générique de GLÉXWÉ)
Le
couvent, de vingt‑huit bambous
[10]
de diamètre, était une construction circulaire en
torchis dont le centre était séparé du monde extérieur par
quatre enceintes concentriques de plus de trois mètres de haut et
d’environ quarante centimètres d’épaisseur. Comme toutes les
constructions religieuses, le couvent était orienté d’Est à
l’Ouest. La première cour, ainsi que les deux suivantes,
mesurait 15 bambous de large et avait son entrée à l’ouest.
C’était aussi en marchant dans le sens des aiguilles d’une
montre qu’on arrivait au centre du couvent, en partant de
l’ouest, aussitôt franchie la porte d’entrée de la première
cour ; au nord de celle-ci se trouvait celle d’entrée de
la deuxième cour ; l’ouverture située à son sud
conduisait à la troisième cour. Ici, une dernière porte, à
l’ouest, menait au centre du couvent où on découvrait le
sanctuaire.
LES
TROIS COURS.
À
l’entrée, à droite comme à gauche, deux cases cloisonnées
abritaient chacune deux hommes, premiers gardiens du lieu ;
leur titre est HùnjÈnukÒn
[11]
. Forts, solides,
parfaitement au courant de la pharmacopée africaine, ils
constituent une des puissances des couvents. Le nord, l’est
comme le sud de cette cour étaient également surveillés par
deux HùnjÈnukÒn
logés dans une case
cloisonnée ; l’un ou l’autre pouvait y amener sa femme
ou une seule de ses femmes. Des figuiers acarpes ombrageaient
l’endroit de même que les deux cours suivantes.
Des
cases assez vastes ‑ une douzaine ‑ y servaient de
logements aux parents des novices, profès et professes venus de
villages lointains qui passaient une nuit ou une semaine entière
dans le couvent ; bien souvent c’étaient des profanes ;
ils croyaient en la puissance du vodù qui avait choisi et
chevauché leurs mères, sœurs, frères, neveux, nièces ou
tantes, etc.
La
structure de la deuxième cour ne différait pas de celle de
la précédente : au nord, l’entrée avec deux cases
simples, une à gauche, une à droite, destinées aux
HùnjÈnukÒn ;
il y avait aussi, à l’est, au sud et à l’ouest les cases des
précons du culte. Ces gardiens étaient autorisés à y séjourner
avec leur femme, si, vodùsi, elle n’était pas en
exercice à l’époque des cérémonies. Les vodùsi du sexe
masculin en exercice à la période envisagée ici habitaient
les autres cases de la cour II ; l’accès en était
formellement interdit à toute profane du sexe féminin, ou vodùsi
que le vodù n’avait pas chevauchée dans le contexte de
Xwetanú
[12]
. Les initiées AlladahwÈn
sur « la tête desquelles le Vodù était revenu »
pendant les cérémonies annuelles pouvaient pénétrer dans cette
cour et discuter avec leurs
NÒví,
c’est-à-dire Frères ; mais toute relation
sexuelle, même entre conjoints vodùsi, y était proscrite, à
quelque époque que ce fût.
La
troisième cour avait la même structure que les précédentes,
avec son entrée au sud et une case de
HùnjÈnukÒn
de part et d’autre ; une autre à l’ouest, une au nord et une
à l’est. C’est le domaine des vodùsi du sexe féminin. Initiées
depuis quarante ans ou deux ans, elles étaient, comme les hommes
de la cour II, les premières chez qui AlladahwÈn
et les vodùs de ce sillon avaient commercé de danser dès le
premier jour de Xwetanú.
LA
COUR DU SANCTUAIRE
Dans
1a cour principale se dressait un géant
LŠkò
(irokò) de plus
d’un mètre et demi de diamètre ; on le supposait vieux de
deux cents ans. Un tel arbre dominant le couvent en étalant une
ombre douce sur la cour étant considéré
comme
vodù, des objets votifs gisaient à son pied où avaient 1ieu des
séances d’apprentissages, d’exercices de danse ainsi que réunions
sacerdotales ; c’était aussi à cet endroit que les
AlladahwÈnsi
apprenaient à danser en cercle.
[13]
À l’Ouest de cette cour se dressait, adossé au mur, le
sanctuaire hypostyle au toit rond conique couvert de chaume hissé
sur sept colonnes en bois de fer autour desquelles était érigé
un mur circulaire percé de cinq petits hublots à cinquante
centimètres du sol ; l’entrée, large d’un mètre, était
d’une hauteur d’environ un mètre et demi. La porte en
lŠkò
s’ouvrait à
l’intérieur ; elle était décorée de la tête et de la mâchoire
d’un bélier, d’une massue, de deux épées dégainées et
d’un vieux fusil couverts d’huile rouge moisie et de plumes de
volaille.
Ce
décor était dissimulé derrière une jalousie en lattes de
branche de palmier à huile. La porte ouverte, aucun regard ne
pouvait voir à travers la jalousie ce qui se trouvait ou se
passait dans le sanctuaire : on baissait aussitôt un rideau
de calicot blanc maculé de sang parsemé de plumes et duvets de
gallinacés ainsi que de petites calebasses soigneusement fermées
contenant du poisons ou des remèdes. Le regard du profane, même
privilégié, ne va pas au-delà de ce stade : nul n’a accès
au sanctuaire, à moins d’être initié et vodùsi opératif.
Dans
la cour, deux cases rondes au toit de chaume séparaient de part
et d’autre le sanctuaire d’AlladahwÈn
de deux dortoirs de forme rectangulaire de quelque quarante mètres
carrés chacun. Celui de gauche hébergeait les profès,
celui de droite, leurs coreligionnaires du sexe féminin. Des deux
cases rondes séparant le dortoir des profès du sanctuaire, celle
qui jouxtait le hunxÒ
[14]
abritait le
hungbónÒ
[15]
pendant la période des cérémonies ; la
seconde était destinée au doyen des hunõ
[16]
. À droite du sanctuaire, les mêmes distributions
caractérisaient le domaine des professes.
En pénétrant dans la cour du
sanctuaire, on découvrait à droite comme à gauche deux cases
rondes de neuf à dix mètres carrés ; chacune des premières étaient
occupée par un hùnðévà
[17]
; des deuxièmes, celle de gauche, par un
ÐÈtÈ
[18]
, celle de droite, par une
Bònin
[19]
. À côté de la case du Détè se trouvait,
presque en fer à cheval, le dortoir des novices du sexe masculin ;
celui des novices du sexe féminin jouxtait la case de Bonin.
XWETANÚ
[20]
Le Xwetanú ou culte annuel a lieu
en mai-juin ; c’est encore la saison des pluies mais il
fait très chaud certains jours et les grandes divinités
manifestent leur puissance sur le Moyen et le Sud du territoire.
D’Abomey à Allada, Gléxwé (Ouidah) et Xøgbonú
(Porto-Novo), les hùnkpámÈ
étaient
en pleine activité et l’atmosphère ésotérique était lourde
de mysticisme. Au pied d’un arbre géant tel que lokoti
[22]
, baobab ou figuier acarpe )d’une place publique
avaient lieu des spectacles qui duraient de 15 heures et 17
heures 30 ; à Gléxwé, les séances rituelles inaugurées à la
gloire d’AlladahwÈn
duraient depuis trois semaines et se termineraient précisément
dans sept jours. La cérémonie d’AhwanwlÏ
[23]
avait eu lieu deux jours plus tôt et pour la
première fois on avait pu voir publiquement les profès qui
depuis un an accomplissaient leur noviciat au couvent.
Conformément
aussi bien à un rituel implacable qu’à un programme
qu’aucune dérogation n’aurait pu faire modifier, les nouveaux
initiés escortés par le
HunnÒgÇn,
DÈtÈ,
Bònin et
hùnðévà
se sont rendus dès le premier chant du coq à Zùmin
[24]
et en revenaient après y avoir procédé à une grande tenue ésotérique.
LE
CADRE.
Torse
ruisselant de sueur, l’ourlet de calicot blanc roulé en
bourrelet autour de sa taille soulignant ses solides mollets,
un HùnjÈnukÒn
court çà et 1à sur la route de Zùmin ; à ses chevilles
tintent trois rangs de grelots de cuivre et de cauris ; il
tient dans la main droite un rameau de palmier à huile auquel
sont attachées de minuscules gourdes maculées de sang couvertes
de duvets de volaille tandis que de la main gauche il manie un
asán
[25]
en criant :
Agoooo!
Alì ! Ali !Alì !
Place! Place! Quittez la
route !
AzÒn
jà ! Kú jà ! Vodù Ðaxó jà !
La maladie vient!
La Mort arrive !
Le Grand Vodù avance !
Mænyaya
lÉ ní yí dò mÈ !
Que les malfaiteurs entrent dans le trou!
Mæjømæ
lÉ
ní dŠ
nu dò!
Que les gens dignes (les
purs) s’agenouillent et baisent la Terre !
Agooo !
Alì ! Ali !Alì !
Place! Place! Quittez le
chemin !
C’est le lieu de faire une
parenthèse pour souligner l’interprétation déplorable de
Bruce Chatwin du mot agooo : dans son roman
intitulé Le Vice-Roi de Ouidah (édit Grasset), cet
écrivain britannique, qui ne savait rien de la langue fon
et ne s’était pas donné la peine de vérifier la signification
des mots qu’il entendait, a écrit : « Ago !
Yovo ! Ago ! Yovo ! » phrase
correcte, mais qui, pour lui, voulait dire : « Va-t-en,
sale Blanc ! » Or Ago ! Ago ! n’a jamais eu
et n’a chez aucun Fon la signification que l’auteur lui a donnée
dans un roman à succès.
L’onomastique
fon définit la fonction de HùnjÈnukÒn :
il s’agit du précon ; aussi précède-t-il la procession
des vodùsi d’une cinquantaine de mètres ; au fur et à
mesure qu’il avance en faisant entendre ses injonctions, des
passants s’éloignent du chemin tandis que certains
l’admirent, s’agenouillent, touchent le sol de leur front et
de leurs lèvres et que d’autres, comme saisis de terreur, se
font tout petits en prenant le large ; mais résonnent les
tam‑tams posés sur les coussinets et portés à même leur
tête par des profanes sympathisants, les asán
et gà
kÓkÓ
[26]
; leur dialogue
évoque la mort, la vie, l’au‑delà et la force du grand
Vodù. L’agencement n’a laissé place à la moindre fantaisie
et le rituel mis en place depuis « les temps très lointains
qu’existe Vodù AlladahwÈn »
se déroulait implacablement.
La
musique s’intensifie, tout en nuances ; les acolytes
incantent, profèrent des impératifs et injonctions catégoriques.
Les adeptes ainsi que les vodùsi qui n’ont pas été « chevauchés »
dans le cadre du Xwtanú par le vodù qui les avait
chevauchés pour qu’ils fussent initiés, ou par
AlladahwÈn
lui‑même, déclament les mlÇ
mlÇ
[27]
de ce dernier
en sa qualité de Grand Vodù, et le cortège constitué par
cette catégorie de fidèles grossit de la horde des badauds
pendant la procession.
LA
DANSE DU GRAND PRÊTRE
Évoluant
parmi les profès et professes en esquissant de temps en temps des
pas de danse, le HungbónÒ
se sépare soudain du groupe. Bel homme majestueux à la tête
serrée dans un bonnet de filet rougeâtre piqué de plumes
caudales rouges de perroquet, il porte en bandoulière deux rangs
de cauris croisés sur son torse nu et un
Àbáðágàn
à
chaque biceps. La récade dans une main, une clochette de cuivre
dans l’autre, il est vêtu de six
vlayá
[29]
superposés dont le premier est de velours
pourpre, le second de velours bleu roi, les autres, de tissus à
ramages. Le vêtement descend à la hauteur de ses mollets aux
muscles saillants. I1 entre dans la danse au pas de charge, bondit
d’une jambe sur l’autre, pivote sur la pointe des pieds et exécute
une pyrrhique, la danse même du Vodù qui danse en lui ; ses
vlayá s’ouvrent, se referment à peine
pour s’ouvrir davantage, immenses, riches, laissant voir sa
culotte à ergots, une culotte turque.
La
foule enthousiaste gagnée par le rythme l’admire, puis se met
à danser. Grondant de plus belle les tam‑tams martèlent
les ordres synchronisés qu’amplifient d’autres instruments. Vêtus
de pagnes maintenus à la hauteur de leur poitrine et à la taille
par une ceinture de calicot, profès et professes hiérophores
portent, en bandoulière, deux 1ongs chapelets de cauris croisés
sur 1eur buste, un rang de grelots à leurs chevilles et à leur
cou, une grosse amulette cousue de cauris au bout d’un collier
de cauris.
Tête
rasée, visage dissimulé derrière un court voile de perles de
verroterie blanche et rouge, ils dansent en s’accroupissant
progressivement, attentifs aux nuances des impératifs du langage
structuré des instruments de musique. Derrière eux avance une
phalange d’anciens vodùsi responsables au couvent de
l’instruction de leurs nouveaux Frères et Sœurs de retour
d’une Tenue solennelle à Zùmin. Eux aussi dansent en se
conformant aux normes de leur classe.
Les
instruments résonnent avec moins d’intensité ; les sons sont
de faibles grondements complexes, incantatoires dans lesquelles
on perçoit le tragique. Danseurs et danseuses se redressent
lentement ; adeptes et acolytes entonnent de nouveau les
dithyrambiques mlÇ
mlÇ
du Grand Vodù véritablement
incarné par le HungbónÒ
qui multiplie ses exhibitions avec une extrême agilité,
brandissant sa récade et secouant sa clochette.
LA
TRANSE.
Un
adolescent de 13 à 15 ans se précipite de la foule en marche,
tombe, se relève aussitôt, court sur une vingtaine de mètres,
revient presque sur ses pas, titube, pousse par deux fois un cri
de terreur :
Yƒgè !
[30]
MÇwùcè !
[31]
et s’écroule, saisi de convulsions, les yeux révulsés ;
ses lèvres entrouvertes et tremblantes laissent couler une bave
abondante. Corps couvert de sueur et de poussière, culotte courte
déchirée par endroits, doigts et orteils écartés sont raides.
Par deux fois sa tête se redresse et retombe lourdement sur le
so1. Les larmes coulent de ses yeux mi‑clos. Tordu par le
transe il se met à racler le sol de ses doigts quasi paralysés
et ressemble à un épileptique en lutte entre 1a vie et la mort .
RÉACTIONS
DANS L’ENTOURAGE.
Les
profanes ont peur tandis qu’au-dessus de la procession soudain
immobile sur place et attroupée autour du chevauché
s’élèvent les cris des initiés, chantant en les énumérant
les titres de gloire du Grand Vodù AlladahwÈn
qui vient de choisir un adepte en le chevauchant. Pour la première
fois depuis leur sortie du Bois sacré, les vodùsi ainsi que
leurs sympathisants associent WÈkÉxÓsú
[32]
à AlladahwÈn
dans leurs mlÇ
mlÇ
à ce dernier aussi la fierté et la joie s’exfil-trent-elles de
leurs propos. Un relatif calme progressif se manifeste chez
l’adolescent brutalement arrapé et basculé dans un autre monde
par le désordre pathologique provoqué par la transe. Il a encore
de la mousse autour de ses lèvres d’où la bave continue de
s’écouler moins abondamment. Ses doigts ne grattent plus la
terre et ses orteils ne sont plus raides. Les yeux fermés tel un
cadavre, il semble dormir tandis que le
HungbónÒ
promène un regard de triomphe sur les profanes et les initiés
qui observent un silence impressionnant.
ACÆ.
Par
trois fois avec sa récade, ensuite avec la clochette, le Grand Prêtre
touche délicatement le front du nouvel élu couché sur le flanc ;
les initiés s’agenouil-lent, se prosternent le front contre la
terre que par trois fois ils touchent avec leurs lèvres avant de
se relever ; le HungbónÒ
vient de faire descendre
acÈ
[33]
sur l’élu. Une vieille femme émue, humble, les
larmes aux yeux, de l’un ses pagnes recouvre avec infiniment de
respect le personnage dont aucun profane n’a désormais le droit
de voir 1e visage. De la foule des adeptes se détachent quatre
hùnðévà
qui se prosternent, par trois fois leurs mains ouvertes touchent
la terre, ensuite leur front ; trois fois également ils
embrassent la terre avant de se redresser pour relever la victime
« sacrée » qu’ils hissent sur leurs épaules.
Les
initiés présents dans la foule s’agenouillent, embrassent
encore la terre trois fois, se remettent debout et, aux sons des
tam‑tams et des instruments hiératiques, le cortège
reprend le chemin de Oussa, le hùnkpámÈ
où le nouvel élu
sera initié quelques jours ou semaines plus tard, quand il aura
repris conscience de sa personne et aura été soumis à une série
de questions.
Quelque
chose de royal, du calme d’un triomphe magistral caractérise le
langage des tam‑tams ; les passants s’écartent avec
respect ou vénération quand la procession avance ; ceux qui,
sans doute eux aussi vodùsi mais d’une autre confrérie,
comprennent ce qui s’est passé, s’agenouillent, embrassent la
terre, se relèvent et poursuivent leur chemin.
UN
ESSAI D’ANALYSE.
J’ai
tenté par une approche phénoménologique de présenter à
l’état brut un cas d’Asì
ðìðè
[34]
du Vodù AlladahwÈn
: choix divin, brutal,
explicité par le truchement de la transe, terrain opératoire où
le Vodù réalise son chevauchement et sa possession. Là,
AlladahwÈn
a monté et emporté une personne du sexe masculin.
En l’occurrence, on n’a pas assisté en complice à un enlèvement
qui a eu lieu nuitamment, comme c’est parfois le cas lorsque le don
de l’intéressé à un vodù précis a été convenu entre
lui-même, ses parents et le Comité vodù composé de
HungbónÒ,
des
hùnðévà,
de
DètÈ
et de Bònin
; ou seulement entre les parents du futur initié et le Comité
vodù.
La
première constatation qui se dégage des faits saisis sur le vif,
sur le terrain objectif et livrés dans les pages précédentes,
est d’avoir été mis face à une force surnaturelle incarnée
par un être humain détenteur de pouvoirs qui ne sauraient être
noumenals. Eu égard à ses attributs déclamés en termes
laconiques par le HùnjÈnukÒn,
compte tenu aussi de sa position, de son rô1e au sein de la
procession, le HungbónÒ
est manifestement le représentant opératif du Vodù
AlladahwÈn.
Les
démonstrations auxquelles il s’est livré en tant
qu’hypostase de ce Vodù obéissaient à une liturgie fondée
sur un rituel dont le but final semblait tendre au déclenchement
de la re-possession de quelque vodùsi, ou bien, à la monte
dramatique d’un profane d’ascendance vodù, sans que
l’intéressé ait été préparé à devenir épouse
d’une déité.
Le
sujet choisi, jugulé, terrassé et emporté par la transe (transire),
se trouve incorporé bien malgré lui dans la trame mystique de sa
propre famille. Les gestes saccadés de lutte, de résistance,
de refus et de protestation observés chez lui au début de la
transe, pourraient être interprétés comme des manifestations de
sa personnalité profane prise au dépourvu qui se défendait de
toutes ses forces contre un invisible Maître autocrate. On est en
face d’un phénomène dont l’appréhension échappe aux
analyses intellectuelles ; aussi Roger Bastide a-il
parfaitement raison d’écrire :
« Quand
une divinité possède une personne qui n’a pas été initiée,
parce que cette
personne lui plaît et qu’elle veut en faire son
"cheval", la transe a un aspect dramatique et
spectaculaire, effrayant.»
[35]
C’est
en l’occurrence le cas : le seul qui entre en ligne de
compte dans le vodù au Bénin : déclenchée à un moment fort
des cérémonies, voire, à des moments où personne n’y
penserait, comme je l’ai décrit dans Les Appels du Vodun
[36]
, la transe est en effet le signe, qui, dans le temps
et dans l’espace, met l’élu en symbiose avec un être
numineux ; après avoir, dans la première phase du rapt
violenté son élu, il le monte ensuite en prenant
possession de lui corps et âme, au sens le plus fort du terme.
Tout en étant proche, l’authentique possession diffère singulièrement
de la transe phénoménologiquement décrite. Il est significatif
que la transe dans la prise de possession par le vodù ne fait pas
courir et crier le sujet dans la rue, tel un paranoïaque :
elle le terrasse rapidement ; le contact somatique du possédé
avec la Terre en tant que divinité et matrice du
monde est nécessaire. « L’Africain est un terrien
profondément attaché à la glèbe »
[37]
. C’est dans cette matrice qu’accepte sa situation
le sujet qui y est projeté, inconscient de ce qui lui est arrive
; aussi s’y love-t- il par un mouvement d’involution, puis
s’introjecte en le prenant en charge l’Etre suprême qu’il
ne cesse de ressentir comme une présence étrangère‑à‑soi.
L’état qui a pu paraître pathologique devient pure épiphanie :
il y a eu incarnation d’un vodù - soit AlladahwÈn
lui‑même, soit un vodù de sa lignée ‑ et le possédé
est totalement envahi, annihilé par sa présence en lui. La Terre‑Matrice
est témoin de cet acte où la personnalité de l’élu se dilue
dans le divin introjecté avec lequel il est en communication réellement
intime. C’est par une esquisse d’analyse de cette nature des
données qu’il conviendrait d’appréhender la transe dans son
ipséité fondamentale qui « permet l’apparition de
l’Ego, dans certaines conditions, comme le phénomène
transcendant de cette ipséité»
[38]
.
Par
une sorte de conjungo, au sens religieux du terme, la possession
dans plus d’un cas est liée à la transe qui en est l’inévitable
corollaire dont l’impact, tel un stigmate mystique, se ravive
aux époques des cérémonies du Vodù, sans qu’au préalable
il y ait eu de renouvellement de transe à l’état pur. La véritable
possession est en effet celle qui marque le plus profondément le
sujet et elle a lieu lorsque, pour la première fois, le
Vodù monte le sujet dans un moment de total effacement de la
propre personnalité de ce dernier qui entre véritablement en
communication avec lui.
Pour
respecter ce laps de temps où le Vodù se sert du possédé comme
un medium réduit au silence par la transe, le Grand Prêtre doit
attendre que le sujet ait cessé de s’agiter, qu’il
soit absolument calme avant de lui donner l’acè.
Cet acte qui ne relève pas de l’exorcisme mais de la liturgie
sacramentelle confirme la fin de la monte et du monologue du vodù
à son nouvel élu. Roger Bastide écrit fort
pertinemment : « La transe, même si elle constitue le
moment fort de la cérémonie,... s’inscrit dans une série
de gestes dont elle est la culmination et elle n’est éliminée
à la fin que par une série de gestes qui constituent l’inverse
des premiers ; elle est donc un élément dans une structure cérémonielle
qui ne se comprend pas en dehors de cette structure, car c’est
elle qui lui donne son sens. »
37.Robert
Sastre, évêque de Lakossat (Dahomey), cf. Colloque de
Cotonou.
38
Jean-Paul Sartre : L’Être et le néant ; édit
Gallimard.Paris.
Ici apparaît toute l’originalité du culte Vodù : mon
regretté ami Robert Sastre, évêque de Lokossa (Bénin), avait
raison d’écrire que le vodù est
« vécu au présent
par des hommes qui sont à l’ère des fusées interplanétaires.
Ce n’est pas pour eux un système, c’est une vie. »
[39]
Et d’ajouter ceci qui est fondamental :
« Le vodù est humanisme, c’est-à-dire un effort de
l’homme pour articuer son destin en |