LES DIVINITÉS DU NORD BÉNIN

 

Contrairement à ce que bon nombre de gens croiraient, le Nord du Bénin regorge d’une impressionnante richesse culturelle et des divinitées très puissantes. Elles ne sont néanmoins pas étalées au grands spectacles médiatiques comme on l’observe au Sud. Nos recherches nous conduisent vers la Donga d’où le lecteur trouvera matière àréflxion.

1- CHEZ LES YOMs de Djougou et de Copargo, le B’OOR est une divinité qui aide à la résolution et aux règlements sociaux spirituels. Son chef de culte se prénomme B’OORTÊ.

2- Chez les Dendis, le T’OORU est une divinité qui aide à la résolution immédiates des problèmes humains. Son chef de culte est le T’OORUPÊ.

 3- A YARAKEU, la divinité principale est KIRIKI’IM, un petit point d’eau. Pour la tester vous êtes invité à soulever.

4- A TER’RU, 24 km de Djougou, lma visite en ce lieu n’est qu’un pélérinage spirituel.

5- A BUL’UM, un quartier de Djougou, la divinité annonce son arrivée par des pillonnements du sol.

6- ALEDJO est une à visiter absolument surtout à partir du mois de Juin, période de la fête de la récolte de l’igname et des céréales. Cette fête s’appelle le ZOLARI. Le président des chefs de culte traditionnnels du Nord Bénin était son éminence le Grand Chef de Culte BAMBLEMOU, professeur d’université à la retraite. Son palais est au quartier Guerma à Parakou.

sources :Alfa Aboubakar Fousséni, Dignitaire, chef traditionnel de la famille royale Yonra de Djougou, quartier Badourou

 

 

SINJAL'OM-ATALAKO

Une divinité de bénédiction et de Protection.
 

Divinité des peuples Lokpa de Ouaké, Sinjalom a traversé par amour les frontières pour s’installer dans cette contrée du département de la Donga.

Ouaké était un chasseur guérisseur de son état de la région de Kara Kewee’l, aujourd’hui LAMAKARA capitale du Nord Togo. Il devait traversée la rivière pour ses campagnes de chasses.

Avant toute expédition, Ouaké devait confier son aventure et sa famille à cette divinité généreuse représentée sous forme de baobab située au cœur du village . Ses expéditions furent toujours fructueuses et sa vie enviée de tous.

Un jour, il connut une chasse sèche et retourna bredouille à sa cabane. Malheureux et inquiet il priait Sinjalo’m-Atalako pour une remédie de la situation, lorsque soudain il aperçut une petite tortue et la ramassa. Il prit soin de placer l’animal sous une marmite, puis retourna à la chasse. Ce retour trois jours plus tard, surprise! A la place de la tortue, était un jeune pousse de baobab.

De retour à KARA KEWEE’L, Ouaké s’enquérant auprès des devins consultants et voyants compris que Sinjalo’m Atalako s’était révélé être le jeune pousse qu’il vit de l’autre côté de la rivière en lieu et place de la tortue.

Depuis ce jour, Ouaké décida de s’installer dans la zone connue aujourd’hui comme Ouaké. La jeune pousse agrandit en un géant baobab au centre ville à quelques mètres de l’actuelle bâtiment abritant la préfecture.

Sous ce arbre, femmes, enfants, jeunes et vieux viennent se réunir et se reposer.

Toutefois, tout propos néfaste, tout complot sous et autour de l’arbre est proprement puni. La force spirituelle de Sinjalo’m-Atalako est prouvée par les témoignages reçus de non indigènes qui vers les lieux y ont faire un pèlerinage cultuel et Spirituel.

 

Célébration de la GAANI 2006

Entre survivance d’une tradition et besoin d’amélioration

Comme depuis des temps immémoriaux, l’édition 2006 de la fête de la Gaani a eu lieu un peu partout en région bariba. Et, comme par le passé, la ville de Nikki aura été le point d’ancrage de cette fête. Les plus grandes attractions de cette manifestation populaire ont eu lieu les samedi 08 et dimanche 09 avril derniers, à la cour royale de Nikki. Au finish, cette fête identitaire des Batombou survit toujours au temps, mais aura sans doute besoin d’une meilleure organisation pour gagner en audience et en retombées pécuniaires. 

Cette année, la fête traditionnelle de la Gaani se tenant alors qu’il n’y a pas de joutes électorales en vue, elle a subi une désaffection des politiciens. Ainsi, il n’y a avait que le ministre (encore en poste au moment de la manifestation) de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation, Seïdou Mama Sika qui soit resté de vendredi à dimanche. Son collègue de la Culture, Antoine Dayori attendu n’a plus fait le déplacement. Officiellement, il avait un empêchement. Les députés Sacca Lafia, Abou Soulé et quelques autres cadres de la localité comme Désiré Sacca ont fait également le déplacement. De l’avis de Séïdou Mama Sika, c’est certainement la situation politique du pays qui explique le peu d’affluence des officiels. Toujours est-il que la manifestation a eu lieu. Sport, culture, foire commerciale, conférences-débats, etc… étaient au rendez-vous.

Une fête riche en couleurs…
 
Après le cross country de la Gaani et la course hippique le samedi 08 avril, le roi, personnage central de la manifestation, est entré en scène. En effet, après avoir reçu les officiels, c’est autour de 13h30 que le roi Sero Kora II a pris le départ pour le parcours rituel qui devait le conduire à faire le tour de la ville. Il s’agissait pour lui de se rendre chez l’Imam, ensuite à Ten’gnankou Bakarou, le lieu où se préparaient les guerres. Puis, le cap sera mis sur Dakirou  pour un recueillement sur le tombeau de Sero Betete et de sa sœur Bake Douwe, avant le tombeau de Kpe Lafia à Bantiarou. Après, le roi Sero Kora se rendit à l’ancien palais de Danri aujourd’hui réhabilité pour faire office de musée. Autour de 15h, le roi était de retour. Ce fut alors son premier passage devant les tambours sacrés qui ne sortent qu’une fois l’an, à l’occasion de la Gaani. Ces tambours aux bruits sourds, vieillis par les intempéries,  il faut les voir pour imaginer leur âge ! Le roi se retirera ensuite à Bankpilou, sur le tombeau de Kpegounou Kaba Wouko avant un deuxième passage devant les tambours sacrés qui, comme quelques minutes plus tôt, envahiront la cour royale de leurs bruits sourds. Le roi pouvait alors saluer les officiels présents à la tribune et retourner dans son palais pour les cérémonies rituelles. Par cet acte, on estime qu’il se purifie après avoir exorcisé son royaume. Cela fait, Sero Kora viendra s’installer dans le Sinko, la case ronde, pour marquer le lancement des manifestations de réjouissances. On assistera alors au défilé des chefs traditionnels et des dignitaires devant les tambours sacrés, ainsi qu’à la cavalcade traditionnelle. Mais avant cette randonnée dans le royaume, le roi  Sero Kora a adressé une prière aux ancêtres. Il s’agit, explique Zacharie Ibouraïma, prince et guide au palais royal, d’implorer les rois défunts afin que tout se passe bien.

Le dimanche 09 avril, ce furent les cérémonies dites Kayessi. Ici, les chefs traditionnels et autres dignitaires viennent faire leurs hommages au roi Sero Kora II de Nikki, une manière de lui présenter leurs vœux de nouvel an.  A cette étape, un chant rappelle les hauts faits d’armes des guerriers. Le roi est assis dans sa case ronde et reçoit les allégeances des vassaux et de ses administrés. Selon la catégorie sociale à laquelle ils appartiennent dans l’organisation baatonu, ceux-ci se prosternent, se couchent, s’agenouillent ou se roulent pratiquement dans le sable pour saluer le roi. On notera la façon singulière avec laquelle Arari Sina Kararougui le salue. Démarche fière et droite, il s’avance vers le roi et une fois devant lui, lui donne le dos en s’accroupissant. L’histoire enseigne que plus âgé que le roi, il était parti soigner un de ses bœufs quand ce dernier a été intronisé à sa place. Fort de son âge, il ne doit donc pas se prosterner devant son jeune frère. Au même moment, se déroulaient dans certaines concessions, les cérémonies de rasage des Wassangari, ces princes et princesses qui affirment ainsi leur appartenance au royaume.

Une question existentielle ! 

Pour les baatonu, il semble que vivre la Gaani découle d’un devoir sacré. Autrement comment comprendre cette déferlante humaine sur la cour royale et alentours. Combien de milliers étaient-ils ? Venus à pieds ou débarqués par camions, vélos, motos ou voitures ? En tout cas, comme atteints d’une hémorragie humaine, les hameaux, quartiers, villages et autres contrées environnantes ou lointaines se sont vidés de leurs habitants, lesquels semblaient s’être donné rendez-vous à la place des manifestations officielles. On pouvait alors voir, à perte de vue, une marée humaine, le froufrou des habits et leurs couleurs chatoyantes en rajoutant à l’ambiance agréable. Le maire de Sinendé, Abdoulaye Zimé, qui a fait le déplacement, explique qu’il ressent ce que ressentirait un initié vodoun qui, une fois au couvent, entre en transes. Cette réalité se ressent plus encore chez ces jeunes gens, peuhls surtout qui étaient remarquables à leurs maquillages singuliers. Henné, craies, perles insolites complétaient une toilette faite des derniers cris de la valise. Certains, pour faire la différence, se sont même laissés conquérir par le rouge aux lèvres occidental et le port des lunettes semble une mode irrésistible. La proximité du Nigéria favorise un peu cette propension au port de lunettes bon prix qui semblent permettre à ces jeunes d’exister et de s’affirmer. Dans le lot aussi, des filles-mères. Ce qui interpelle si besoin en était encore, sur le problème du mariage précoce ou forcé. En tout cas, pour chacun de ces festivaliers, autant manquer la Gaani est assimilable à un crime de lèse-majesté, autant c’est une question existentielle.

Une hospitalité particulière, le vice aussi !

La célébration de la Gaani révèle aussi l’aspect particulier de l’hospitalité en pays bariba. En effet, venus généralement de très loin, les festivaliers prennent d’assaut quelque maison sur leur passage, pour s’y reposer la nuit. « Votre lit peut être assiégé par des inconnus sans que vous puissiez les déloger » explique le général Séïdou Mama Sika. On a ainsi pu voir chez le maire de Nikki Adam Boni Tessi très impliqué dans l’organisation de la fête, des festivaliers s’inviter derechef. Le boubou faisant office de balai, ils nettoient le sol d’un couloir, étendent le boubou en guise de natte et se couchent après avoir dîné. Tatiana, étudiante native de Nikki de par sa mère, est venue avec des camarades étudiants de l’Université d’Abomey-Calavi. Alors qu’ils avaient des problèmes d’eau, il leur a suffi de se présenter dans certaines maisons pour demander à se doucher et, spontanément, ils ont été servis. Cette hospitalité débonnaire touche la jeune fille qui ne regrette pas son séjour.
Au même moment, le vice était présent à cette fête. En effet, vieux et jeunes, voire enfants, n’hésitaient pas à se rincer les yeux devant les posters et autres gravures importés du Nigeria et exposés dans la rue pour la vente, présentant des femmes quasi nues aux positions suggestives, le tout avec des commentaires déclenchant l’hilarité générale. La Gaani, c’est aussi cela, et c’est surtout l’occasion de se faire des amis, de rencontres chaudes avec séances de jambes en l’air à gogo, explique un jeune élève qui se plaint toutefois de n’avoir pas de sous pour entreprendre la jeune peuhle qui fait battre son cœur. « Si tu l’approches, elle te dira qu’elle n’a rien mangé, explique le jeune élève, une façon bien pensée de te demander de l’argent. Le reste pourra suivre… ». A tout cela, il faut ajouter la présence de la cigarette chez nombre de festivaliers qui, par snobisme ou souci de paraître, répandent la fumée du tabac dans les rues où des marchands circonstanciels se sont installés dans l’espoir de glaner quelques sous.

Repenser l’organisation !

Abdoulaye Zimé s’inquiète de l’organisation bâclée qui traduit un manque de cohésion entre l’administratif et le traditionnel et suggère que le diagnostic soit vite posé pour éviter les impairs à l’avenir. Pour le ministre Mama Sika, c’est la seule manifestation annuelle qui réunit tous les fils de la localité sans besoin de discipline imposée. Mais le manque d’infrastructures d’accueil est toujours préoccupant. Aussi, se réjouit-il des efforts déployés par certains pour ériger des hôtels de petite envergure certes, tout en souhaitant plus pour l’accueil des étrangers surtout. Mais les piètres conditions d’accueil n’ont pas altéré le plaisir de Inès Aboh, préfet de l’Ouémé-Plateau qui se voit revenir avec un plaisir évident, elle qui assistait à sa première Gaani.

Au total, pour faire grandir la manifestation, les organisateurs gagneraient à l’entourer de plus de professionnalisme. Elle gagnerait ainsi en dimension touristique et en prestige, de sorte qu’elle aura de belles années devant elle. De même, on pourrait penser à mieux aménager la cour royale en y transportant par exemple du sable marin afin de combattre la poussière qui a rendu bien de festivaliers malades.  

Par Willéandre HOUNGBEDJI