La guérison traditionnelle en en Afrique 

Extrait de: http://www.sedos.org/french/disalvatore.htm

http://www.novartisfoundation.com/fr/projects/basic_health


 

Conflits, échecs, blessures de la vie… peut-on en sortir ? Les maux et les fléaux de ce monde fragilisent l'homme et le déshumanisent. L'offre et la demande du pardon et du ministère de guérison, qui s'inscrivent au coeur de la Bonne Nouvelle du Salut, sont une voie dont dispose l'Église pour guérir I'homme et le monde contemporain à condition de la revisiter et de la repenser autrement, dans une approche plus globale et holistique.

1. Chemins africains de la réconciliation et de la guérison

Comme le montrent de nombreux travaux, la demande de guérison reste une demande essentielle des Africains. La médecine occidentale, n'a pas réussi à prendre en compte la globalité de cette demande, étant souvent porteuse d’une vision de l'homme et d'une conception de la santé particulièrement étrangères à l'homme africain.

Réconciliation et guérison en Afrique

Pour l'homme occidental le corps de l'homme est comme une "machine" qui peut être défectueuse. Les connaissances et l'habileté du "mécanicien" le rendent capable d'intervenir d'une manière toujours plus précise et efficace, sans se pré­occuper de l'état psychologique du patient.. Une telle parcellisation est inconnue en Afrique, où l'homme "est" un corps, "est" une âme, il "est" intelligence, volonté, esprit, "est" toutes ses relations, avec soi-même, avec les autres, avec la nature et Dieu. L'homme "est" tout cela en même temps, et tout cela le constitue.

Aussi, le terme "santé" pour l'homme africain n'est pas tout simplement le résultat du bon fonctionnement des éléments physiques de la vie humaine. La "santé" indique globalement la plénitude de la vie, constituée par la santé phy­sique, la tranquillité psychologique, la paix sociale, et plus profondément encore, elle signifie une parfaite harmonie et conformité à l'ordre naturel, social et cosmique. La stabilité de cette harmonie, ce bon ordre de la vie, est garantie par toute une série de règles et d'interdits. Tout bris d'interdit provoque un déséqui­libre de cette harmonie sous forme de maladie et de malheurs, jusqu'à la mort.

En effet, le bris de l'interdit est cause de la maladie conçue comme une rupture des relations sociales que l'homme porte avec soi et qui le constituent.

C'est justement là que nous pouvons percevoir le lien qui existe entre pardon, réconciliation et guérison. À cause de la dissociation entre corps et esprit qui s'est produite dans son approche scientifique de la maladie, l'homme occidental a perdu de vue ce lien fondamental. Au contraire, la perception de ce lien conduit l'Africain à faire appel au ngëngan, c'est-à-dire au guérisseur traditionnel, seul capable de scruter la rupture qui s'est produite dans ce monde relationnel du malade, et de prendre en charge la totalité des aspects de l'homme.

Le début de tout diagnostic sera une recherche des causes de la maladie du sujet à travers la confession spontanée de sa transgression. Ainsi commence tout rite de guérison : le malade doit "vider le ventre" afin que le guérisseur puisse "voir" où s'est produite la rupture des relations, aussi bien dans le monde visible que dans celui invisible, le "monde de la nuit", et repérer l'auteur de l'attaque contre cette personne — s'il est un ennemi, quelqu'un de la famille, ou un esprit, ou un génie. Il pourra alors dire quel rite employer pour obtenir la guérison. Ces rites, très souvent, demandent la mobilisation de toute la famille. La confession met à nu toutes les fautes et les rivalités entre les membres, les haines et les rancunes. Le guérisseur prononce alors les paroles réconciliatrices qui libèrent, et le rite se conclut par l'ablution avec de l'eau mélangée au sang d' une chèvre, dont la viande est partagée entre tous. Le malade peut ainsi réintégrer sa famille, rétabli dans un processus de réconciliation qui le mènera à la guérison.

Ces rituels de guérison, surtout à travers le moment de la confession, mettent en évidence la correspondance entre l'harmonie sociale et la santé du corps. Le guérisseur atteste une version "officielle" des fans à laquelle tous vont se référer, reconstituant une unité essentielle à la vie communautaire. Au-delà du traitement à base de plantes, ce qui importe, c'est de reconstituer un ordre des choses troublé et dissocié. La guérison devient la manifestation du pardon accordé et de la réconciliation survenue dans cette famille.

C'est là toute l'originalité d' une démarche qui veut préserver l'intuition profonde de l'impossibilité de soigner un corps sans en même temps intervenir sur la globalité des rapports de l'homme et des différentes dimensions qui le constituent comme tel.  

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